« Une occasion historique manquée » : voici pourquoi les négociations du Traité sur la pollution plastique ont échoué
- Jean Pierre Meo
- 18 août 2025
- 4 min de lecture

Le plastique. Il empoisonne les écosystèmes. Il inonde nos organismes. Et les représentants de presque tous les pays du monde étaient réunis depuis début août à Genève (Suisse) pour négocier un Traité visant à limiter cette inquiétante pollution. La rencontre s’est soldée par un échec…
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Ils étaient réunis à Genève (Suisse) depuis dix jours. Plus de 2 500 délégués venus de pas moins de 185 pays pour ce qui devait être le dernier round de discussions engagées il y a environ trois ans maintenant. Et ce vendredi, ce que scientifiques et associations redoutaient est finalement arrivé. Tout ce petit monde s'est quitté sans avoir pu aboutir à un consensus. La signature du Traité mondial sur la pollution plastique a une nouvelle fois -- après l'échec de la réunion de Busan (Corée du Sud) en décembre dernier -- été reportée « à une date ultérieure indéterminée ».
Le saviez-vous ? Plus de 400 millions de tonnes de plastique sont produites chaque année dans le monde. La moitié est destinée à des articles à usage unique. Et moins de 10 % des déchets plastiques sont recyclés. Si l’on se base sur les tendances actuelles, la production annuelle de plastiques à partir de ressources fossiles atteindra 1,2 milliard de tonnes en 2060. Les déchets dépasseront le milliard de tonnes. |
« Les gens sont indignés. Ils sont inquiets. Et à juste titre », déclarait Inger Andersen, directrice exécutive du Programme des Nations Unies pour l'environnement alors que les négociations commençaient à Genève au début de ce mois d'août. Comment les dirigeants du monde peuvent-ils ne pas réussir à se mettre d'accord pour mettre un terme à ce que la science désigne pourtant comme l'un des plus grands fléaux auquel nous ayons à faire face ? Concernant la question de la pollution plastique, tous se rejoignent en réalité à peu près. Là où le bât blesse, c'est de l'autre côté du cycle de vie du plastique. Du côté de la production.
De ce côté-là, deux clans s'opposent. Parfois assez violemment. Celui des pays producteurs de pétrole -- avec, en chefs de file, l'Arabie saoudite, la Russie, l'Iran, le Koweït ou encore les États-Unis --, d'abord. Parce qu'avec la lutte contre le réchauffement climatique, ils voient les débouchés pour leurs produits se limiter de plus en plus. Ils comptent donc sur le plastique pour continuer à tirer profit de leurs ressources fossiles. Rappelons-le, le plastique est produit à partir de pétrole. Et sur le premier quart du XXIe siècle, sa production a été multipliée par deux.
Face aux pays producteurs de pétrole, il y a... presque tous les autres. Réunis au sein d'une coalition dite « de haute ambition ». L'Union européenne et la France sont de ceux-là. Comme le Canada et de nombreux pays d'Afrique et d'Amérique du Sud. De ceux qui exigent que le Traité en cours de discussion impose une limite à la production plastique. Pour éviter qu'elle ne triple encore d'ici 2060. « Nous ne pouvons pas continuer à passer la serpillère alors que la baignoire déborde et que le robinet n'est pas coupé », estime le négociateur du Panama.
C'est donc l'article 6 du Traité sur la pollution plastique qui a coincé. Celui qui envisage une réduction de la production mondiale.
Les uns réclamant qu'il soit purement et simplement supprimé du texte final. Les autres appelant, en la matière, à une « ambition mondiale ». Et s'il y a un motif de satisfaction ici, c'est le fait que ces derniers n'ont pas cédé. Car « mieux vaut ne pas avoir de traité du tout qu'un mauvais traité » qui ne fixerait pas d'objectif de réduction de la production de plastique, estiment nombre d'associations et de scientifiques. « Nous avons manqué une occasion historique, mais nous devons persévérer et agir de toute urgence », commentait vendredi le représentant de Cuba.
Au cœur de la problématique, le processus de validation du Traité. Car pour aboutir, le consensus reste encore exigé. Et cela arrange le clan des producteurs de pétrole. Ils sont en effet en situation d'infériorité numérique. Le clan des « ambitieux », lui, milite pour que les prises de décisions se fassent à la majorité. Pas loin de 120 pays ont validé cette idée. Objectif affiché : « empêcher une minorité d'États pétroliers, alignés sur l'industrie, de faire dérailler un traité juridiquement contraignant qui bénéficie du soutien de plus de 100 pays ». Mais comme le consensus doit être obtenu pour changer de méthodologie...
Parmi les autres points qui ont fait échouer les négociations de Genève, la question des financements. Par exemple, celui de la collecte des déchets plastiques dans les pays en développement. L'Union européenne s'est exprimée contre. Tant que le sujet de l'article 6 n'est pas résolu.
La question des substances chimiques et des effets des plastiques sur la santé humaine a également divisé. Pour la coalition scientifique, le Traité sur la pollution plastique doit inclure un article à ce sujet. Mais les pays producteurs de pétrole jugent que la question relève « du mandat de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) ». Et là encore, même si la plupart des pays semblaient vouloir suivre les scientifiques, aucun consensus n'a pu être trouvé...












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