Le « glacier de l’apocalypse » fait désormais trembler la Terre : faut-il craindre le pire ?
- Jean Pierre Meo
- 7 janv.
- 4 min de lecture

Plusieurs phénomènes peuvent faire trembler la terre. Des mouvements de plaques tectoniques. Une explosion nucléaire. Une éruption volcanique. Ou encore… la fonte des glaciers ! Et ce que des chercheurs rapportent aujourd’hui à ce sujet est plutôt préoccupant.
Par Nathalie Mayer - Journaliste - Publié le 5 janvier 2026 - Futura Sciences
Plusieurs millions de tonnes de glace. C'est la masse colossale qui est piégée dans chacun des grands glaciers de notre monde. Et nous le savons tous désormais, avec le réchauffement climatique anthropique, ces glaciers ont tendance à fondre. De plus en plus vite. Avec les conséquences potentiellement dramatiques qui vont avec. Elles aussi malheureusement sont de mieux en mieux connues. Inondations ou pénuries d'eau douce. Ou encore élévation du niveau de la mer.
Mais l'une d'elles reste encore plus confidentielle. Elle a pourtant été mise à jour par les scientifiques il y a plus de vingt ans maintenant. Lorsqu'une équipe de Harvard (États-Unis) a rapporté dans la revue Science avoir enregistré ses premiers séismes glaciaires. Comprenez, des séismes provoqués par un glacier. Dans le sud de l'Alaska. Et aujourd'hui, des chercheurs de l'Australian National University (ANU) avance qu'il s'en est produit des centaines depuis 2010 du côté de l'Antarctique. Faut-il s'en inquiéter ?
Un séisme glaciaire, qu’est-ce que c’est ?
Pour comprendre, il est utile de rappeler comment un glacier peut faire trembler la terre. Lorsque la glace fond, elle lubrifie la roche sur laquelle repose le glacier. Ce dernier glisse alors plus facilement sur son support. Or quand une masse de plusieurs millions de tonnes se déplace, il y a de quoi littéralement arracher des flancs de montagne entiers. Et faire trembler la terre.
Ces séismes glaciaires peuvent se propager sur des milliers de kilomètres. Pourtant, ils sont longtemps passés inaperçus. Parce qu'ils ne génèrent pas d'onde sismique de haute fréquence. Les ondes, justement, que les sismologues ont l'habitude de traquer pour localiser des sources de tremblements de terre plus classiques.
Dans les régions polaires, les glaciologues ont découvert que le vêlage peut provoquer lui aussi des séismes glaciaires. Le vêlage, c'est le nom que les scientifiques donnent à ce moment où une masse de glace se détache du front d'un glacier et tombe à l'eau, produisant un iceberg. Et c'est lorsque l'iceberg en question est plutôt grand et fin et qu'il entre en collision avec le glacier qui lui a donné naissance que le séisme se produit.
Un nombre colossal de séismes glaciaires en Antarctique
La plupart de ces séismes glaciaires ont jusqu'ici été enregistrés du côté du Groenland. Leur magnitude est généralement élevée. Et il semble s'en produire de plus en plus au fil des années. Sans doute le résultat d'un réchauffement qui s'accélère du côté de l'Arctique.
En Antarctique, en revanche, le réseau mondial de détecteurs sismiques a peiné à rassembler des preuves directes du phénomène. Mais l'équipe de l'Australian National University rapporte aujourd'hui dans les Geophysical Research Letters avoir utilisé des stations sismiques situées en Antarctique même pour savoir enfin ce qu'il en est. Et, entre 2010 et 2023, les chercheurs ont ainsi identifié plus de 360 événements sismiques glaciaires. La plupart ne figurant pas dans les données déjà disponibles.
Le glacier de l’apocalypse en première ligne
Les chercheurs précisent que la majorité de ces séismes se sont produits à proximité du glacier de l'île du pin - le Pine Island Glacier - et du glacier Thwaites. Assez loin du littoral dans le premier cas. De quoi rendre peu probable que ces événements soient dus au chavirage d'icebergs. Des travaux complémentaires seront nécessaires pour les comprendre.
La situation est malheureusement plus claire concernant le glacier Thwaites. Malheureusement parce que les résultats des chercheurs de l'ANU suggèrent que ce dernier fond à une vitesse qui s'accélère. L'analyse révèle en effet que les séismes glaciaires se multiplient dans la région lorsque l'écoulement de la langue du glacier s'accélère vers la mer. Ça a été le cas entre 2018 et 2020 notamment. Des observations satellitaires l'ont confirmé. Le résultat de conditions océaniques défavorables.
Des séismes provoqués par des icebergs à l’élévation du niveau de la mer
C'est inquiétant, car le glacier est connu pour être la principale source de l'élévation du niveau de la mer en Antarctique. C'est d'ailleurs ce qui lui vaut le surnom de glacier de l'apocalypse. Si le glacier Thwaites venait à s'effondrer, il pourrait déstabiliser toute la calotte glaciaire de l'Antarctique occidental. Les océans s'élèveraient alors de plus de trois mètres partout dans le monde. Et l'équipe de l'ANU a enregistré plus de 240 séismes à l'extrémité de ce glacier depuis 2010 !
Le tout alors même que d'autres équipes en donnent des nouvelles peu rassurantes. Des fissures observées par des chercheurs de l’université du Manitoba (Canada) avec une fracturation en amont de son point d'ancrage qui s'étend désormais sur plus de 320 kilomètres - contre 160 kilomètres « seulement » il y a vingt ans. Ou encore une boucle de rétroaction à l'origine de turbulences océaniques qui semblent accélérer la fonte de la glace dont parlent des chercheurs de l'université de Californie (États-Unis).
Le saviez-vous
Il y a quelques jours, un navire a quitté la Nouvelle-Zélande, direction le glacier Thwaites, le glacier de l’apocalypse. À son bord, près de 40 scientifiques. Leur objectif : poser quelques instruments de mesure, survoler la glace avec un radar et même équiper des phoques de capteurs. Le tout pour mieux comprendre ce qui se joue dans la région. Ils y resteront pendant environ un mois.
Même si les détails des influences restent encore à préciser, les travaux des chercheurs de l'Australian National University suggèrent un impact à court terme des états océaniques sur la stabilité des glaciers se jetant dans la mer. Et ils pourraient aider les scientifiques à mieux comprendre l'instabilité potentielle du glacier de l'apocalypse due à l'interaction entre l'océan, la glace et le sol à proximité de son embouchure. De quoi leur permettre enfin de lever les incertitudes sur la projection de l'élévation du niveau de la mer au cours des deux prochains siècles.












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