Depuis 400.000 ans, le permafrost est stable et ce n’est pas une bonne nouvelle
- Jean Pierre Meo
- 3 mai 2021
- 3 min de lecture
Publié le 30/04/2021 par Nathalie Mayer - Journaliste

Des chercheurs ont étudié la stabilité du permafrost dans le passé. 400.000 ans que son dégel est limité. Et ce n'est pas une bonne nouvelle. Car le carbone prisonnier de ce sol gelé en permanence est considéré comme un amplificateur potentiellement puissant du réchauffement climatique. Un carbone qui pourrait être libéré brutalement lorsque le permafrost connaîtra un dégel.
En Alaska, en Sibérie, dans l'Arctique canadien, près d'un quart des terres de l'hémisphère nord-est est recouvert d'un sol gelé en permanence. Le permafrost. Selon les scientifiques, ces régions retiennent plus de 1.400 gigatonnes de carbone sous forme de plantes et d'animaux en décomposition. Mais, avec le réchauffement climatique, le permafrost dégèle. Et autant de dioxyde de carbone (CO2) et de méthane (CH4) pourrait être libéré dans l'atmosphère. Amplifiant considérablement le changement climatique.
Pour mieux comprendre ce qui nous attend de ce côté, des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT, États-Unis) ont reconstitué l'histoire du permafrost sur 1,5 million d'années. Ils ont découvert que, pendant longtemps, le permafrost a été sujet à des épisodes de dégel. Mais depuis 400.000 ans, ceux-ci semblent vouloir se limiter aux régions subarctiques. Une bonne nouvelle ?
Pas tant que ça. Car les chercheurs craignent que la stabilité du permafrost sur cette période lui ait permis de stocker beaucoup de carbone sans avoir d'occasions de le libérer progressivement. Ainsi, un dégel du permafrost dans les années à venir, sous l'effet du réchauffement climatique anthropique, pourrait entraîner des émissions de carbone dans l'atmosphère beaucoup plus importantes que par le passé.
Des épisodes de dégel et puis, plus rien
En 2013, déjà, des chercheurs de l’université d’Oxford avaient suggéré le même basculement dans la stabilité du permafrost. Ils avaient analysé des dépôts minéraux laissés par l'eau dans des grottes de Sibérie. Cette fois, les chercheurs se sont intéressés à des grottes localisées au Canada : 74 échantillons de spéléothèmes provenant d'au moins cinq endroits différents dans chaque région étudiée.
Les couches les plus récentes de ces spéléothèmes correspondent à la dernière fois où le permafrost a dégelé. Pour les dater, les chercheurs du MIT ont utilisé des techniques de géochronologie qui reposent sur la désintégration de l'uranium en thorium. Sur le fait que l'uranium est soluble dans l'eau alors que le thorium ne l'est pas, également. « À mesure que les eaux percolent, elles accumulent de l'uranium et laissent du thorium derrière elles, explique David McGee, géologue, dans un communiqué du MIT. Lorsque l'eau atteint la surface de la stalagmite et précipite, au temps zéro, vous avez de l'uranium et pas de thorium. Puis progressivement, l'uranium se désintègre et produit du thorium. »
“Comment l’Arctique peut-il sortir de cette période de stabilité ?
C'est ainsi que les chercheurs ont pu conclure qu'il y a peut-être eu un dégel peu profond depuis, mais qu'aucun dégel de toute la roche ne s'est produit au cours des 400.000 dernières années. Alors même que cela se produisait bien plus régulièrement avant. Pendant les périodes interglaciaires. Des périodes au cours desquelles d'autres études ont montré que les niveaux de CO2 dans l’atmosphère étaient comparables à ce qu'ils sont aujourd'hui. « Cela pose des questions sur ce qui a poussé l'Arctique à basculer dans cet état plus stable et sur ce qui peut l'amener à en sortir », conclut David McGee.












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