Guerre des étoiles « made in France », épisode IV : un œil sur les missiles
- Jean Pierre Meo
- 30 nov. 2025
- 3 min de lecture

Comment est-on au courant si un pays ennemi nous envoie un missile ? C’est ce que l’on appelle l’alerte avancée. Mais l’Europe n’en dispose pas aujourd’hui et dépend du partage des informations de la part des États-Unis. À l’heure où la Russie multiplie les intimidations, la France et l’Allemagne ont déclaré leur intention d’avoir une capacité européenne avec l’initiative « Jewel ».
Par Daniel Chrétien - Rédacteur scientifique - Publié le 30 novembre 2025
Le 26 octobre dernier, la Russie annonce avoir réussi le tir expérimental de son missile de croisière Bourevestnik à propulsion nucléaire et à tête nucléaire. Ce coup de pression est un nouveau chapitre dans les menaces russes de recours à la bombe atomique depuis le début de la guerre en Ukraine. Aux premières loges, l'Europe souhaite disposer de capacités d'alerte avancée pour pouvoir prédire quand elle est visée par des missiles ennemis, et les intercepter.
L’alerte avancée, un œil pour prévenir la menace ultime
Quand un missile balistique décolle, ça ne passe pas inaperçu. La combustion du carburant laisse une trace thermique que l'on peut détecter au-delà des frontières d'un pays ennemi. Il faut alors recourir à une constellation de satellites équipés de capteurs thermiques. Ce premier segment permet d'être rapidement au courant lorsqu'un missile décolle.
Le segment spatial d'alerte avancée est complété par des radars sur Terre qui vont suivre la trajectoire du missile. Ainsi, si l'information arrive suffisamment tôt, il sera possible de déployer un dispositif pour intercepter le missile et éviter le pire.

Un satellite d'alerte avancée américain Sbirs, vue d'artiste. © Lockheed Martin
Jewel, un dispositif souverain
Aujourd'hui, l'Europe n'est pas capable de faire de l'alerte avancée. Elle dépend des informations américaines et notamment celles provenant du système satellite Sbirs, une demi-douzaine de satellites en orbite géostationnaire, équipés de capteurs infrarouges, qui couvrent en temps réel toute la surface du globe.
C'est donc sur la composante spatiale que la France et l'Allemagne ont trouvé un premier accord, afin d'être au courant de tout départ de missile balistique. Le projet Jewel a été lancé le 24 octobre par les ministres de la Défense français et allemand. L'objectif est d'être opérationnel au début de la prochaine décennie.
Ainsi, la France et l'Allemagne mettront chacun deux satellites en orbite géostationnaire, à 36 000 kilomètres d'altitude. C'est la première pierre du programme « Odin's Eye » (l'œil d'Odin) d'alerte avancée de l'Union européenne. Cette initiative souveraine a lieu à un moment d'apogée de la défiance européenne envers les États-Unis : les services secrets néerlandais ne partagent leurs informations avec la CIA qu'au compte-gouttes, de peur de fuite avec la Russie !

Les ministres français et allemand lors de la signature de la lettre d'intention Jewel. © DR
Un maillon manquant pour le spatial militaire français et allemand
Première puissance spatiale militaire d'Europe, la France cherche à augmenter depuis 2019 ses capacités qui demeurent très maigres en cas de conflit avec une puissance spatiale majeure comme la Russie ou la Chine. Plus récemment, l’Allemagne a annoncé investir 35 milliards d'euros d'ici 2030 dans le même but.
Pour rappel, la France dispose de télécommunications spatiales sécurisées avec Syracuse, de satellites de renseignement optique avec la constellation CSO (dont un déployé par Ariane 6 en mars), et d'écoute électromagnétique avec les trois satellites Ceres. De son côté, l’Allemagne apporte l'observation de la Terre en images radar avec ses satellites Sarah. Les deux pays s'échangent leurs données complémentaires.
L'alerte avancée est le maillon manquant dans le renseignement satellite pour les deux pays. De plus, pour protéger leurs satellites militaires d'attaques ennemies en orbite, la France et l'Allemagne se préparent à la guerre spatiale. La France a d'ailleurs mis au point plusieurs missions de démonstration technologique, dont les missions Toutatis et Yoda.












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