Des super-pouvoirs inspirés de l’hibernation ? Des scientifiques veulent hacker notre ADN pour l’activer
- Jean Pierre Meo
- 5 août 2025
- 3 min de lecture

Et si un régulateur de gènes, actif chez les animaux hibernants, influençait aussi notre métabolisme ? Présent chez l’humain, il pourrait jouer un rôle clé dans des pathologies comme l’obésité, Alzheimer ou la fatigue chronique, selon une étude américaine.
Chaque hiver, des animaux comme les ours, les chauves-souris ou les marmottes entrent en hibernation. Ils ralentissent leur métabolisme, dorment profondément pendant des semaines, puis se réveillent sans séquelles, ni perte musculaire, ni troubles neurologiques, ni prise de poids durable. Selon deux études récentes parues dans Science, ce phénomène fascinant, qu'on pensait réservé au monde animal pourrait finalement concerner l'être humain.
Mieux résister à la maladie en imitant les hibernants
Les chercheurs se sont intéressés à une zone de l'ADN appelée locus FTO, connue pour son lien avec l’obésité. Chez les animaux hibernants, elle agit comme un centre de commande permettant d'allumer ou d'éteindre les gènes qui contrôlent la prise de poids, la dépense énergétique ou la gestion des réserves.
Pour étudier ces mécanismes, les scientifiques ont utilisé la souris de laboratoire, un animal qui ne peut pas hiberner à proprement parler, mais qui peut entrer dans un état de torpeur : une baisse temporaire de température corporelle et d'activité métabolique en réponse au jeûne.
En modifiant certains éléments génétiques liés au locus FTO chez la souris, les chercheurs ont observé des changements notables : accélération ou ralentissement du métabolisme, prise ou perte de poids, mais aussi modification du comportement alimentaire, comme la façon de chercher de la nourriture.

Des chercheurs ont identifié un régulateur génétique, actif chez les animaux hibernants, également présent chez l’humain. Ce mécanisme pourrait jouer un rôle clé dans la gestion du métabolisme, du vieillissement cellulaire et de certaines maladies chroniques. © extra, Adobe Stock (généré par IA)
Un jour, des médicaments pour activer nos propres super-pouvoirs ?
L'objectif n'est pas de faire hiberner les humains, rassurez-vous, mais ce que parviennent à faire les animaux hibernants - revenir sans séquelles d'un état de quasi-inactivité totale - pourrait être une source d'inspiration pour de nombreux traitements humains.
Par exemple, avant d'hiberner, certains rongeurs deviennent temporairement résistants à l'insuline, pour accumuler rapidement des graisses. Puis, pendant l'hibernation, leur métabolisme s'adapte naturellement. Ce mécanisme, qui s'apparente à celui du diabète de type 2 chez l'humain, s'inverse chez eux sans dommage. Comprendre comment ces gènes gèrent la résistance à l'insuline pourrait ouvrir la voie à de nouvelles stratégies contre le diabète.
Autre exemple : le cerveau des hibernants résiste à des baisses brutales du flux sanguin, sans subir les lésions que subirait un cerveau humain dans un AVC. Là encore, leur ADN semble activer des mécanismes de protection neuronale. Si l'on parvient à comprendre ces processus et à les répliquer sans induire l'hibernation elle-même, des traitements de neuroprotection pourraient voir le jour.
Si les humains parviennent à contourner leurs propres mécanismes, cela pourrait ouvrir la voie à des stratégies « d'intervention et de traitement des maladies liées à l'âge, a déclaré Christopher Gregg, auteur principal de l'étude. Si cela est caché dans notre génome, nous pourrions apprendre des hibernants à améliorer notre santé ».
Les chercheurs espèrent qu'à terme, des médicaments ciblés pourraient activer temporairement ces « super pouvoirs ». Pour l'instant, il s'agit de recherche fondamentale, mais les pistes ouvertes sont prometteuses pour la médecine de demain.












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