Des chercheurs détournent une bactérie alimentaire courante pour combattre le cancer colorectal et ça marche !
- Jean Pierre Meo
- il y a 23 heures
- 3 min de lecture

Cette bactérie est connue pour son caractère pathogène, pouvant provoquer des intoxications alimentaires sévères. Mais des chercheurs sont parvenus à la modifier à des fins thérapeutiques. Et elle a fait des miracles sur les cellules tumorales du cancer colorectal.
Article rédigé par Annabelle Iglesias - Journaliste web - Futura Sciences - Publié le 18 mars 2026
Des chercheurs de l'Université de Baylor (États-Unis) ont mis au point une approche novatrice pour lutter contre le cancer colorectal : ils ont utilisé des bactéries Listeria modifiées comme vecteurs pour transporter de puissantes protéines anticancéreuses jusqu'à des cellules tumorales. Leurs travaux ont été publiés dans la revue Cell Chemical Biology.
Les bactéries, des alliées dans la lutte contre le cancer ?
Le cancer colorectal, aussi appelé cancer du côlon et du rectum, est l'un des plus fréquents en France. Selon l'Institut national du cancer, il touche chaque année plus de 47 500 personnes et cause près de 17 000 décès. Les chances de guérison sont élevées quand le cancer est détecté tôt. D'où l'importance de participer au dépistage organisé, pour les femmes et les hommes âgés de 50 à 74 ans.
Pour réduire le taux de mortalité de ce cancer, des chercheurs travaillent sur de nouvelles stratégies thérapeutiques. C'est le cas du Pr Michael S. VanNieuwenhz, directeur du département de biologie à l'Université de Baylor, et son équipe de doctorants. Ils se sont appuyés sur l'utilisation croissante des bactéries comme outil de lutte contre le cancer.
Leur recherche a porté sur la bactérie Listeria. Ils lui ont ôté son caractère pathogène tout en conservant sa capacité à pénétrer les cellules humaines. Concrètement, ils ont fixé la saporine, une toxine anticancéreuse connue, à la surface de Listeria monocytogenes, pour que cette dernière délivre la toxine aux cellules tumorales.
« Notre équipe s'est demandée : "Et si nous pouvions fixer la saporine à la surface d'une bactérie et laisser celle-ci pénétrer dans la cellule comme elle le ferait normalement ?" Nous pouvions alors exploiter la chimie intracellulaire pour libérer de la saporine et détruire la cellule cancéreuse. Voilà, en résumé, ce que nous faisions, et nous avons réussi », a déclaré le Pr VanNieuwenhze.

Listeria : un agent thérapeutique contre le cancer depuis 1994
La bactérie Listeria a mauvaise réputation car elle est connue du grand public pour être une bactérie d'origine alimentaire pouvant causer des intoxications alimentaires. Mais quand elle est génétiquement modifiée à des fins thérapeutiques, elle est sans danger pour l'Homme.
Depuis 1994, elle est utilisée comme agent thérapeutique contre le cancer car elle possède des propriétés distinctes. « Ce qui rend cette bactérie si utile d'un point de vue thérapeutique, c'est qu'il s'agit d'un micro-organisme intracellulaire, ce qui lui confère un accès unique aux compartiments internes des cellules, explique Wyatt Paulishak, un des doctorants ayant participé à l'étude. En tant que micro-organisme vivant, nous pouvons le modifier pour le rendre plus sûr et plus efficace. Il possède également une importante composante d'immunothérapie et est naturellement anticancéreux ; nous l'envisageons donc comme vecteur d'administration de médicaments. »
Listeria et saporine : le combo gagnant contre le cancer colorectal
Le fait de fixer chimiquement la saporine à la bactérie Listeria a multiplié son pouvoir anticancéreux. La saporine n'est toxique que lorsqu'elle est à l'intérieur des cellules. La bactérie Listeria lui permet justement de pénétrer cet environnement.
« Nous avons utilisé l'imagerie par fluorescence pour vérifier que la saporine était bien fixée à la bactérie, précise Jianan Lyu, un des doctorants ayant participé à cette étude. Cela nous a permis de valider le concept et de prouver la faisabilité de l'administration, c'est-à-dire l'acheminement du médicament jusqu'aux types cellulaires ciblés. Nous avons ensuite réalisé des tests in vivo et in vitro sur des souris pour observer les activités anticancéreuses, et il s'avère que cette approche entraîne une augmentation significative de la toxicité. »
Pour le Pr VanNieuwenhze, la prochaine étape est de consolider ces résultats grâce à des stratégies génétiques qui permettraient de rendre le traitement plus sûr et plus facilement administrable. Le cancer colorectal serait le premier type de cancer pour lequel ce traitement serait utilisé.
« Si un traitement était mis au point à partir de ces recherches, il pourrait en principe être administré par voie orale, a fait savoir le Pr VanNieuwenhze. Je pense que les prochaines étapes de nos recherches nous rapprocheront de cet objectif. Nous avons une excellente équipe et il est enthousiasmant d'envisager l'avenir », a conclu le professeur de biologie.







Commentaires