Cadmium : faut-il bannir le chocolat et les produits chocolatés comme le suggère l’UFC-Que choisir ?
- Jean Pierre Meo
- 22 août 2025
- 5 min de lecture
Selon une enquête de l’association de consommateurs UFC Que choisir ?, le chocolat et les produits chocolatés pourraient contribuer de manière importante à l’exposition des Français au cadmium. Cette substance de la famille des métaux lourds est soupçonnée d’être impliquée dans les maladies rénales, osseuses et certains cancers. Le chocolat serait-il passé sous le radar des autorités en tant que source majeure d’exposition au cadmium ? Explications.
Au sommaire

Un bol de Chocapic, un verre de Nesquik un choco BN apporteraient près de 50 % de la dose quotidienne de cadmium maximale chez l’enfant. © ALF photo, Adobe Stock
En juin dernier, la Conférence nationale des unions régionales des professionnels de santé-médecins libéraux (URPS-ML) adressait un courrier au Gouvernement faisant part de sa grande inquiétude concernant l'exposition au cadmium de la population française.
Une substance toxique à plus d’un titre
Cette substance de la famille des métaux lourds serait, selon l'Anses, présente en quantités importantes dans les aliments tels que les crustacés et mollusques, les abats, les biscuits sucrés et salés, ainsi que les barres de céréales et le chocolat. Elle est classée « cancérigène avéré » (groupe 1) par le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer) et son accumulation dans l'organisme pourrait induire des atteintes rénales, osseuses (ostéoporose), voire cardiovasculaires.
Le cadmium est également « suspecté de jouer un rôle dans l'accroissement majeur et extrêmement préoccupant de l'incidence du cancer du pancréas », selon Santé publique France (SPF).
Les enfants en première ligne
Problème : l'imprégnation des Français à cette substance aurait pratiquement doublé en 10 ans (entre 2006 et 2016) ! L'étude Esteban pilotée par SPF indique ainsi que 47 % des adultes et 18 % des enfants dépassaient cette concentration critique -- sachant que chez les adultes, le tabagisme est un grand pourvoyeur de cadmium. Les résultats montrent notamment que chez les enfants de 6 à 10 ans, l'imprégnation est plus importante que chez les 10-18 ans et les adultes. Selon une étude de l'Anses publiée en 2016, 14 % des enfants de 3 à 17 ans et plus d'un tiers (36 %) des moins de 3 ans dépassaient la dose journalière tolérable de cadmium dans l'alimentation.
L'imprégnation moyenne des Français serait trois fois supérieure à celles des Américains et plus de deux fois supérieure à celle des Italiens. Et chez les enfants, la différence serait encore plus marquée ! Ainsi, entre 6 et10 ans, ils seraient cinq fois plus contaminés que les jeunes Américains, six fois plus que les Allemands du même âge et quinze fois que les jeunes Danois.
Comment expliquer cette sur exposition conséquente des enfants français au cadmium ? L'enquête Esteban et l'étude de l'Anses pointent du doigt certains aliments présentant des taux importants de cadmium, comme les pommes de terre, les pâtes ou les céréales du petit déjeuner. En effet, les engrais phosphatés utilisés par les agriculteurs français proviennent en majeure partie du Maroc, un pays dans lequel les roches affichent des teneurs en cadmium très élevées. Mais une enquête menée par l'UFC Que choisir suggère que le chocolat et les produits chocolatés pourraient également jouer un rôle loin non négligeable.

Céréales, biscuits, chocolat en poudre… Des produits qui feraient monter en flèche la teneur en cadmium de l’alimentation des enfants. © Elliott, Adobe Stock
Haro sur les produits chocolatés
Les enquêtrices ont utilisé les résultats d'analyse l'association avait effectué en 2022 sur la teneur en cadmium de 40 aliments cacaotés, des produits qui, ces dernières années, se sont multipliés dans les rayons des supermarchés. Leurs calculs montrent que ces aliments constituent une source d'exposition au cadmium potentiellement très problématique, notamment chez les enfants.
« Chez un enfant de 30 kg (âgé d'environ 10 ans), deux biscuits fourrés au chocolat de la marque Bjorg et une tasse de chocolat chaud Poulain au goûter, additionnés à un bol de Chocapic le matin, apporteraient une quantité de cadmium correspondant à 48 % de la valeur toxicologique de référence (VTR) » relatent les enquêtrices. Le problème, c'est que le cadmium de ces produits chocolatés se surajoute à celui apporté par les autres aliments consommés dans la journée, d'où le risque non négligeable de dépassement des seuils de risque. Selon l'enquête, la même quantité de biscuit, lait et céréales du petit déjeuner non chocolatés « aurait fourni trois fois moins de ce métal toxique ».
Des produits passés sous le radar des autorités ?
Les dosages montrent que des portions raisonnables de chocolat en poudre ou de biscuits et céréales du petit-déj chocolatés de différentes marques très présentes dans la grande distribution (Bjorg, Nestlé, Kellogg's, Poulain, Kinder, Nesquik, LU...) présentaient individuellement une contribution aux apports en très variant de 6 à 20 % de la dose quotidienne de cadmium à partir de laquelle les experts reconnaissent un risque pour un enfant de 30 kg (2 à 8 % de la dose quotidienne pour un adulte de 75 kg). Loin d'être négligeables, donc.
Comment expliquer qu'aucune restriction de ces produits n'ait jamais été émise par les autorités ? Pour les enquêtrices de Que choisir, la contribution moyenne du chocolat serait nettement sous-estimée par les autorités sanitaires. L'Anses n'aurait inclus dans son évaluation que les barres chocolatées, les tablettes et les pâtes à tartiner et aurait exclu de ses calculs le cacao en poudre, les biscuits, les gâteaux, les viennoiseries et les céréales au chocolat.
Le chocolat à croquer aussi, surtout quand il est bio !
L'enquête de Que choisir s'est également penchée sur les teneurs en cadmium du chocolat en plaquette. Les dosages montrent que tous les chocolats contiennent du cadmium, mais que le chocolat bio est le plus problématique.
« Nos analyses montrent qu'il est presque toujours plus concentré en cadmium que les versions non labellisées », relatent les enquêtrices. Et ce sont les chocolats noirs à plus de 70 % de cacao des marques « équitables » qui explosent tous les records. Même si les enfants ne sont pas les plus amateurs de ce type de produits, les mesures indiquent en effet qu'une simple barre de chocolat « éthique » (20 g) fournirait entre 54 et 87 % de la dose quotidienne maximale de cadmium pour un enfant de 30 kilos (entre 21 et 35 % chez un adulte de 75 kg).
Pourquoi ces chocolats contiennent davantage de cadmium ? Parce que, selon les journalistes de Que choisir, ils proviennent généralement d'Amérique du Sud (et non d'Afrique), une zone géographique dans laquelle les sols sont naturellement riches en ce métal, ce que confirment les études, comme celle-ci publiée en 2020 dans le Journal of Agricultural and Food Chemistry.
La solution : varier les plaisir
Mais cet aspect problématique du chocolat n'est pas nouveau ! Déjà en 2003, des chercheurs français publiaient dans la revue Food Additives & Contaminants une étude montrant des teneurs parfois très importantes de cadmium dans le cacao en poudre. Par la suite, de plusieurs études ont confirmé la présence, parfois en grande quantité, de cette substance toxique dans de nombreux produits au chocolat trouvés dans le commerce.
Quoi qu'il en soit, en attendant que des études de plus grande envergure mesurent précisément la part des produits au chocolat dans l'exposition des petits et des grands au cadmium, tentez de diversifier davantage les aliments de vos petits déjeuners et de vos goûters en mettant la pédale douce sur les produits chocolatés. L'idée n'est pas de bannir le chocolat, mais d'éviter d'en consommer exclusivement ou trop souvent le matin ou lors des collations. Fruits frais, fruits secs, miel, confiture, nougat, pâtes de fruits... Il y a mille manières de se faire plaisir quand on a le bec sucré !












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