Une étude montre que le variant anglais serait plus mortel
- Jean Pierre Meo
- 13 mars 2021
- 3 min de lecture
Publié le 13/03/2021 par Julie Kern - Rédactrice scientifique

Les scientifiques ont démontré que le variant anglais est beaucoup plus transmissible. Mais est-il plus mortel ? C'est le cas selon les auteurs de cette étude prépubliée réalisée en Angleterre.
Boris Johnson avait déclaré, il y a plusieurs semaines maintenant, que le variant anglais (B.1.1.7) semblait plus létal. Après cette annonce, de nombreuses études scientifiques ont été publiées concernant ce variant et toutes pointaient sa transmissibilité accrue, mais pas sa létalité. Aujourd'hui, les scientifiques du London School of Hygiene & Tropical Medicine publient en prépublication une étude statistique qui indique que le variant anglais est bel et bien plus létal que le variant D614G, qui perd du terrain. Ce travail n'a pas encore été relu par la communauté scientifique, les conclusions sont donc à prendre avec précaution et pourront changer à la faveur d'une future publication dans un journal scientifique à comité de relecture.
Un risque de décès plus important pour le variant anglais
Dans cette étude, les scientifiques ont utilisé les données d'OpenSAFELY, une plateforme qui regroupe les données médicales des patients pris en charge par le National Health Service, soit 40 % des Anglais. Les personnes ayant été diagnostiquées pour le SARS-CoV-2 entre le 16 novembre 2020 et 11 janvier 2021 et qui n'ont pas été vaccinées ont été incluses dans cette analyse, soit 184.786 personnes dont 91.775 infectées par le variant anglais et 93.011 infectées par le variant D614G (appelé aussi non-variant). En général, le variant anglais infecte des personnes plus jeunes et moins fragilisées par des facteurs de comorbidité que le non-variant. Au total, 419 décès sont imputables au variant et 418 à la souche D614G.
Pour cet échantillon, les scientifiques ont d'abord calculé le risque relatif de décès pour le variant et le non-variant. Lorsqu'il est ajusté en fonction de l'âge et des comorbidités, le risque relatif de décès est supérieur de deux tiers (HR : 1,67, intervalle de confiance de 95 % : 1,34-2,09) par rapport à celui calculé pour le non-variant. Plus simplement, les scientifiques expliquent que pour trois morts causées par le non-variant dans une population donnée, le variant anglais causerait cinq morts dans la même population.
Cette estimation est dans la même veine que celle faite par des scientifiques danois qui indiquent que le variant anglais est associé avec une hausse des hospitalisations (odds ratio ajusté : 1,67, intervalle de confiance de 95 % : 1,32-2,04).

Le risque de décès après 28 jours pour le variant anglais pour les hommes en (a) et les femmes en (b), en fonction du nombre de comorbidité et de l'âge. © Daniel J. Grint et al. medRxiv
Un risque qui augmente avec l'âge
Le risque absolu de décès 28 jours après la confirmation de l'infection a également été estimé pour le variant anglais et le non-variant. Là encore, ce risque est supérieur pour le variant apparu dans le Kent. Il est plus important pour les hommes que pour les femmes, et augmente en fonction de l'âge et du nombre de comorbidité. Le risque absolu de décès après 28 jours est le plus grand pour les hommes de 80 ans avec deux comorbidités ou plus. Les scientifiques ont volontairement écarté les personnes vaccinées de cette étude pour quantifier la différence de mortalité en absence de vaccination. Or les vaccins à ARNm de Pfizer et Moderna ont démontré leur efficacité contre le variant anglais, les chiffres présentés ici seront donc différents sur une population vaccinée.











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