Un score secret dans votre sang révèle le vieillissement caché de chaque organe
- Jean Pierre Meo
- 25 sept. 2025
- 3 min de lecture

Votre cerveau ne vieillit pas au même rythme que vos poumons, vos vaisseaux que vos muscles, vos reins que votre foie… Mais alors, comment savoir où en est l’horloge biologique précise de l’organisme ? Comment identifier quels organes et systèmes seront les plus susceptibles de dysfonctionner avec le temps ? Des chercheurs américains ont peut-être trouvé un moyen de répondre à ces questions.
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Un test sanguin qui permettrait de connaître son âge biologique, mais également la contribution de l'état de chaque organe à son vieillissement global : c'est ce qu'une équipe de chercheurs américains vient de mettre au point.
Dans une étude publiée dans la revue Nature Aging, ils expliquent comment cet examen pourrait permettre de révéler l'âge de 11 organes et systèmes organiques différents. L'idée derrière cette innovation : mieux orienter les soins en fournissant des recommandations spécifiques en matière de mode de vie et de traitement.
Âge biologique vs âge chronologique
On le sait désormais avec certitude : l'âge chronologique (lié à la date de naissance) n'est pas le meilleur critère pour définir l'état de santé d'une personne. L'âge biologique, qui reflète l'état réel du vieillissement du corps, est bien plus pertinent. Et on sait le mesurer, grâce à des techniques mesurant le degré de « méthylation de l'ADN ». Ce processus épigénétique correspond à la fixation de groupements chimiques appelés « méthyles » qui vont avoir pour effet d'activer ou d'inhiber l'expression de différents gènes.
Problème : ces techniques, qui donnent une image globale du vieillissement, mais manquent de précision. Car tous nos organes et systèmes (respiratoire, immunitaire, hormonal, vasculaire...) ne vieillissent pas au même rythme. Notre patrimoine génétique, notre mode de vie et nos antécédents médicaux peuvent entraîner un vieillissement accéléré ou au contraire ralenti de certaines parties de notre corps, différent de nos voisins.
Un modèle pour estimer l’âge de chaque organe
C'est pour répondre à cette imprécision que les auteurs de cette nouvelle étude ont cherché à mettre au point un nouveau moyen d'évaluer l'état de vieillissement des différentes régions du corps.
Ils ont commencé par rassembler les données de santé (résultats d'analyses sanguines, antécédents médicaux, capacités physiques...) de 7 500 volontaires faisant partie de deux cohortes bien connues : la Health and Retirement Study, une base de données sur des Américains de plus de 50 ans, et la Framingham Heart Study, qui comporte des familles américaines fournissant leur ADN pour la recherche génomique.
Les scientifiques ont ensuite cherché à établir des corrélations entre les biomarqueurs sanguins de ces volontaires et les maladies du vieillissement liées à :
Puis, ils ont relié ces résultats aux schémas de méthylation de l'ADN. Un modèle informatique a alors permis de reconnaître ces schémas, de calculer l'âge de chaque organe/système et de calculer l'âge biologique global.
Un test sanguin a permis d’obtenir des résultats aussi fiables, voire plus fiables, que les tests évaluant la méthylation de l’ADN. © Anna, Adobe Stock (image générée avec l’IA)
Des scores prédictifs pour mieux prévenir les maladies
Puis est venue l'étape de test : à partir des échantillons sanguins de 8 125 personnes issues de quatre autres études, les chercheurs ont pu établir différents scores reliés à des maladies, par exemple un score cardiaque capable de prédire les maladies cardiaques, un score cérébral prédisant le déclin cognitif, un score musculosquelettique prédisant l'arthrose...
Par rapport aux horloges biologiques basées sur l'épigénétique, le test sanguin s'est révélé meilleur, voire supérieur, à préciser l'âge biologique.
« Il est assez remarquable que nous ayons pu estimer de manière valable le vieillissement de tant de systèmes en mesurant une seule chose dans une analyse sanguine », estime Morgan Levine, la principale auteure de l'étude.
Une avancée pour la médecine préventive personnalisée
Cette innovation est importante, car elle pourrait permettre, à partir d'un simple échantillon de sang, de remonter jusqu'au site de l'organisme où la survenue d'une maladie est la plus probable.
Si cette approche est en rupture avec une vision globale, holistique, de la santé (ici, il s'agit d'identifier quelle partie du corps est susceptible de dysfonctionner), elle reste intéressante dans une optique d'amélioration de la prévention à travers une meilleure évaluation des risques.
« Avec le temps, les chercheurs devraient être en mesure de développer des estimations encore plus valables et robustes du processus de vieillissement, probablement en incorporant une multitude de mesures différentes pour saisir l'hétérogénéité et la complexité du processus de vieillissement », estime Morgan Levine. L'enjeu clé reste en effet la possibilité de mettre en place des stratégies personnalisées de prévention des maladies.












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