Un anticorps hautement neutralisant capable de s'attaquer à tous les variants du SARS-CoV-2
- Jean Pierre Meo
- 28 août 2021
- 3 min de lecture
Deux nouveaux anticorps neutralisants, découverts par deux équipes distinctes, sont de taille face aux variants du coronavirus ! L'un d'entre eux est même capable de neutraliser tous les variants testés par les scientifiques.
On dénombre actuellement quatre variants d'inquiétude (VOC) et quatre variants d'intérêt (VOI) du SARS-CoV-2. Ces variants ont en commun une transmission accrue et une résistance partielle aux vaccins et à certains traitements à base d'anticorps. Alors que la pandémie ne ralentit pas, d'autres émergeront dans le futur.
Pour faire face à ce problème, la Haute Autorité de santé préconise l'injection d'une troisième dose vaccinale pour les 65 ans et plus, et celles et ceux qui ont un risque important de déclarer une forme grave de la Covid-19. La troisième dose devra être espacée d'au moins six mois de la deuxième. Mais ce n'est pas la seule stratégie en cours d'investigation.
Deux publications, parues à quelques jours d'écart dans Immunity, présentent chacune un anticorps hautement neutralisant efficace contre les variants du SARS-CoV-2.

Le site de fixation de SARS2-38 sur le RBD. Les lignes bleu céladon indiquent la chaîne légère de l'anticorps et les lignes bleu foncé, la chaîne lourde. Les pointillés verts montrent le site d'interaction avec le récepteur ACE2. © Laura A. VanBlargan et al. Immunity
Cibler une région conservée de la protéine S
Le premier anticorps monoclonal, appelé SARS2-38, a été isolé par une équipe de la Washington School of Medicine. Il est le seul, parmi les 43 isolés du sérum de souris immunisées avec le receptor binding domain (RBD) du coronavirus, à conserver son activité neutralisante pour tous les variants. En effet, SARS2-38 se fixe avec une grande affinité sur une partie du RBD, la région de la protéine S en contact physique avec le récepteur ACE2, qui varie très peu entre les variants. Ainsi, même si de nombreux variants possèdent une ou plusieurs mutations dans le RBD, l'efficacité de SARS2-38 n'en est pas affectée.
Les scientifiques ont démontré que SARS2-38 peut neutraliser tous les variants testés in vitro, à savoir les variants majeurs Alpha, Bêta, Delta et Gamma et d'autres variants mineurs comme les variants Iota et Kappa. Des expériences sur les souris ont aussi mis en avant sa capacité à endiguer l'infection dans une stratégie prophylactique ou thérapeutique.
« Cet anticorps est à la fois hautement neutralisant (ce qui signifie qu'il fonctionne très bien à de faibles concentrations) et largement neutralisant (ce qui signifie qu'il fonctionne contre tous les variants). C'est une combinaison inhabituelle et très souhaitable pour un anticorps. En outre, il se lie à un point unique sur la protéine de pointe qui n'est pas ciblée par d'autres anticorps en cours de développement », explique Michael S. Diamond, directeur de cette étude.

Le site de fixation de NT-193. La chaîne légère de l'anticorps, en violet, recouvre toute la région de liaison avec le récepteur ACE2. La chaîne lourde, en rose, s'accroche à une région plus éloignée et conservée entre le SARS-CoV-1 et les variants du SARS-CoV-2. © Taishi Onodera et al. Immunity
Un second candidat hautement neutralisant
Le second anticorps monoclonal, isolé par une équipe japonaise, a été obtenu par un processus similaire. NT-93 est aussi largement neutralisant contre le SARS-CoV-2 et ses variants, mais aussi le SARS-CoV-1. Il se fixe sur le RBD, mais pas tout à fait de la même façon que SARS2-38. Les analyses cristallographiques révèlent que la chaîne lourde de NT-93 reconnaît une région hors du receptor binding site (RBS), un sous-domaine du RBD ; tandis que la chaîne légère s'accroche au RBS de la même façon que le fait le récepteur ACE2. Cette double interaction élargit le pouvoir neutralisant de NT-93 au SARS-CoV-1 et aux variants du SARS-CoV-2.
Les scientifiques ont éprouvé l'efficacité de NT-93 chez des hamsters. Un traitement à faible dose réduit le nombre de virions et la morbidité chez les rongeurs.
Ce n'est pas la première fois que les anticorps monoclonaux démontrent un potentiel thérapeutique contre la Covid-19. Les bénéfices de ceux présentés ici doivent encore être confirmés chez l'être humain. Selon le site du ministère des solidarités et de la santé, ils « seront très prochainement disponibles en France ». Dans certains cas très particuliers, des anticorps monoclonaux sont déjà administrés contre la Covid-19. Ils sont envisagés comme complément des traitements déjà en place, ou de la vaccination.











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