Ils avaient tous un smartphone avant 10 ans : aujourd’hui, les chercheurs tirent la sonnette d’alarme
- Jean Pierre Meo
- 22 juil. 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 23 juil. 2025
Source futura-sciences.com
Une vaste étude internationale vient de révéler un lien inquiétant entre la santé mentale des jeunes adultes… et un objet que presque tous ont reçu avant l’adolescence. Les chiffres donnent le vertige.
Plus de 95 % des 12-17 ans possèdent un smartphone en 2024, d'après Statista. Et entre 13 et 19 ans, les ados passent en moyenne cinq heures dix par jour devant leurs écrans. Derrière ces chiffres devenus banals, une nouvelle étude mondiale, publiée dans Journal of Human Development and Capabilities, vient poser une question dérangeante : et si cette ultra-connexion précoce abîmait durablement la santé mentale des jeunes générations ?
Un lien entre smartphone précoce et détresse mentale à l’âge adulte
Cette étude repose sur l'analyse de données issues du Global Mind Project, la plus grande base mondiale consacrée au bien-être mental. Plus de 100 000 jeunes adultes âgés de 18 à 24 ans, issus de 175 pays, y ont participé.
Son constat est clair : les jeunes ayant eu leur premier smartphone avant 13 ans présentent un bien-être mental significativement plus bas que ceux qui y ont accédé plus tard. Les symptômes les plus fréquemment rapportés ? Pensées suicidaires, agressivité, troubles du sommeil, détachement de la réalité, faible estime de soi ou encore difficultés de régulation émotionnelle.
« Nos données indiquent que la possession précoce d'un smartphone - et l'accès aux médias sociaux qu'elle apporte souvent - est liée à un changement profond de la santé mentale et du bien-être au début de l'âge adulte », explique l'auteur principal, la neuroscientifique Dr Tara Thiagarajan.
En effet, le score moyen de santé mentale pour une première acquisition à 13 ans est de 30, contre... 1 pour une acquisition à 5 ans.
Selon les chercheurs, l'accès précoce aux réseaux sociaux explique près de 40 % de ces effets, suivi par les troubles du sommeil (12 %), les mauvaises relations familiales (13 %) et la cyberintimidation (10 %). Le phénomène touche toutes les cultures et régions du monde. Les filles sont particulièrement vulnérables, notamment en matière d'estime de soi, de confiance et de résilience.

Selon l'étude, près de la moitié des jeunes femmes âgées de 18 à 24 ans ayant reçu leur premier smartphone à 5 ou 6 ans rapportent des pensées suicidaires très fortes, contre seulement 28 % chez celles ayant eu leur téléphone à 13 ans. Cette donnée souligne les risques majeurs d’une exposition trop précoce aux écrans sur la santé mentale des adolescents. © miss irine, Adobe Stock
Vers une régulation plus ferme ?
Les chercheurs de l'étude appellent à agir sans attendre. Pour eux, il faut mieux protéger les enfants de ce qu'ils peuvent trouver en ligne, surtout à un âge où ils n'ont pas encore les outils pour prendre du recul. Les smartphones donnent un accès très tôt à un monde numérique souvent contrôlé par des algorithmes d'intelligence artificielle, où les contenus toxiques peuvent circuler et se propager facilement. Ils proposent quatre mesures concrètes :
apprendre très tôt aux enfants à comprendre et gérer ce qu'ils voient en ligne ;
faire vraiment respecter l'âge minimum sur les médias sociaux ;
limiter l'accès aux plateformes les plus risquées ;
et retarder l'âge du premier smartphone, idéalement après 13 ans.
Plusieurs pays ont déjà commencé à réagir. La France, les Pays-Bas, la Nouvelle-Zélande ont restreint l'usage du téléphone à l'école. Tout récemment, l'État de New York a décidé d'interdire les smartphones dans les établissements scolaires.
Mais pour les auteurs de l'étude, ce n'est pas suffisant. Ils estiment qu'il faudrait réglementer comme on le fait pour l'alcool ou le tabac, car les dangers liés à une exposition trop précoce sont encore largement sous-estimés.
Si les téléphones portables ne sont pas les seuls responsables de la crise de santé mentale des jeunes, leur usage précoce semble être un facteur aggravant majeur. L'étude de Sapien Labs rappelle que cette question ne relève plus seulement du débat éducatif ou technologique, mais d'un véritable enjeu de santé publique.
Alors que les troubles anxieux, dépressifs et les pensées suicidaires augmentent chez les moins de 25 ans, retarder l'entrée dans le monde numérique pourrait bien être l'une des clés pour mieux les protéger.












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